Le revenu du pédicure-podologue repose entièrement sur sa présence au cabinet. Une lombalgie invalidante, un syndrome du canal carpien, une fracture du poignet ou une chirurgie : dès que vous ne pouvez plus soigner, les honoraires s'arrêtent net, mais pas le loyer ni les échéances du matériel. La question n'est pas « si », mais « combien de temps puis-je tenir sans revenu ? ».
- Jours 1 à 3 : rien. Jours 4 à 90 : indemnités de la CPAM, proportionnelles à votre revenu et plafonnées.
- À partir du 91ᵉ jour : la CARPIMKO verse un forfait de 55,44 € par jour, quel que soit votre revenu.
- Accident du travail : pas de couverture automatique pour le libéral.
- La prévoyance comble la carence, l'écart de montant, les frais du cabinet et l'invalidité.
Le calendrier réel d'un arrêt de travail
Le pédicure-podologue libéral relève, pour sa prévoyance obligatoire, de deux organismes qui se passent le relais : l'Assurance maladie pour les arrêts courts, et la CARPIMKO, caisse de retraite et de prévoyance des auxiliaires médicaux, pour les arrêts longs. Avant juillet 2021, rien n'était versé pendant les 90 premiers jours ; ce trou a été en partie comblé, mais le schéma reste très éloigné de celui d'un salarié.
| Période d'arrêt | Qui verse ? | Montant |
|---|---|---|
| Jours 1 à 3 | Personne (délai de carence) | 0 € |
| Jours 4 à 90 | CPAM | 1/730ᵉ du revenu annuel moyen des 3 dernières années, plafonné (environ 197 € par jour au maximum en 2026) |
| Du 91ᵉ jour à la fin de la 3ᵉ année | CARPIMKO | 55,44 € par jour, + 8,06 € par enfant à charge |
| Reprise à temps partiel thérapeutique | CARPIMKO | 55,44 € par jour pendant 3 mois, puis 27,72 € pendant 6 mois au plus |
| À partir de la 4ᵉ année | CARPIMKO (rente d'invalidité) | 20 160 € par an si invalidité totale, 10 080 € si partielle |
| Accident du travail | Aucun régime automatique | Seulement si assurance volontaire, sans indemnités journalières |
Ces montants sont ceux publiés par la CARPIMKO pour 2026 et par l'Assurance maladie pour le régime des professionnels libéraux ; ils sont revus régulièrement. Le mécanisme, lui, est stable : une indemnisation proportionnelle mais courte, puis un forfait qui ne suit plus du tout votre activité.
Du 4ᵉ au 90ᵉ jour : les indemnités de la CPAM
Depuis le 1ᵉʳ juillet 2021, les professionnels libéraux affiliés à la CNAVPL — dont les pédicures-podologues — perçoivent des indemnités journalières maladie versées par leur caisse primaire. Le dispositif est financé par une cotisation spécifique prélevée par l'Urssaf avec vos autres cotisations.
Le calcul
L'indemnité journalière est égale à 1/730ᵉ du revenu d'activité annuel moyen des trois dernières années, retenu dans la limite de trois plafonds annuels de la Sécurité sociale. Concrètement, un revenu moyen de 40 000 € donne une indemnité d'environ 55 € par jour, soit la moitié du revenu quotidien. Un plancher existe pour les revenus modestes, et le versement suppose d'être affilié et à jour de ses cotisations.
Les limites
- 3 jours de carence à chaque arrêt : une succession d'arrêts courts (lumbago, grippe, entorse) coûte cher.
- 90 jours au maximum : au-delà, la CPAM ne verse plus rien au titre de la maladie.
- Une indemnité qui vise la moitié du revenu, pas son maintien.
- Un calcul sur les trois dernières années : en début d'installation, le revenu de référence est souvent faible.
Le mécanisme est le même pour toutes les professions de la CARPIMKO ; nous l'avons détaillé pour les infirmières dans l'arrêt maladie de l'infirmier libéral.
À partir du 91ᵉ jour : le relais forfaitaire de la CARPIMKO
Passé le 90ᵉ jour, la CARPIMKO prend le relais avec une allocation journalière d'inaptitude de 55,44 € par jour, soit environ 1 660 € par mois. Ce montant est identique pour tous les affiliés : il ne dépend ni de vos honoraires, ni de vos charges. Il est versé au plus tard jusqu'au dernier jour de la troisième année d'incapacité ; si l'incapacité devient définitive, une rente d'invalidité prend la suite à partir de la quatrième année.
Accident du travail : le libéral n'est pas couvert d'office
C'est le point que beaucoup de podologues découvrent après coup : le libéral ne relève pas de l'assurance accidents du travail et maladies professionnelles des salariés. Une chute sur le trajet d'une visite à domicile, une coupure profonde avec un instrument, une infection contractée au cabinet : tout cela est traité comme une maladie ordinaire, avec le même calendrier de carence.
Le Code de la sécurité sociale permet de souscrire une assurance volontaire individuelle contre les accidents du travail auprès de sa CPAM. Elle prend en charge les soins liés à l'accident et ouvre droit à une rente en cas d'incapacité permanente, mais elle ne verse pas d'indemnités journalières. Elle peut compléter la protection, pas remplacer une prévoyance pour le revenu.
Exemple chiffré : six mois d'arrêt pour une hernie discale
Prenons une pédicure-podologue installée depuis huit ans, avec un revenu moyen de 42 000 € par an et environ 1 800 € de charges fixes par mois (loyer du cabinet, crédit du fauteuil, logiciel, assurances). Une hernie discale opérée l'arrête six mois, soit 180 jours.
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Revenu habituel sur 6 mois | 42 000 € ÷ 2 | 21 000 € |
| Jours 1 à 3 | Carence | 0 € |
| Jours 4 à 90 (CPAM) | 87 jours × 57,53 € | ≈ 5 005 € |
| Jours 91 à 180 (CARPIMKO) | 90 jours × 55,44 € | ≈ 4 990 € |
| Total perçu des régimes | ≈ 9 995 € | |
| Charges fixes du cabinet | 6 × 1 800 € | 10 800 € |
Ce qu'apporte une prévoyance individuelle
Une prévoyance de professionnel libéral vient se superposer aux régimes obligatoires. Elle est modulable, ce qui permet de la caler précisément sur les trous identifiés plus haut.
| Garantie | Ce qu'elle couvre | Pour le podologue |
|---|---|---|
| Indemnités journalières | Un montant fixé à la souscription, versé après la franchise choisie | Viser le revenu net habituel, régimes obligatoires compris |
| Frais professionnels | Loyer, crédit, salaires, abonnements pendant l'arrêt | Indispensable si le cabinet a des charges fixes élevées |
| Invalidité | Rente si la reprise est impossible ou partielle | Au-delà des 10 080 à 20 160 € par an de la CARPIMKO |
| Décès | Capital ou rente aux proches | Rembourser les prêts du cabinet, protéger la famille |
| Rente éducation | Rente versée aux enfants jusqu'à la fin des études | Utile avec des enfants jeunes |
Les indemnités se cumulent en principe avec celles de la CPAM et de la CARPIMKO lorsque le contrat est forfaitaire ; certains contrats indemnitaires, eux, ne paient que la différence avec le revenu déclaré. Faites préciser ce point par écrit.
Combien de temps tiendriez-vous sans revenu ?
Comparez les prévoyances qui protègent réellement le pédicure-podologue en cas d'arrêt.
Les 5 points à comparer avant de signer
La franchise en incapacité
Une franchise de 3 jours, ou dès le premier jour en cas d'accident ou d'hospitalisation, couvre la carence de la CPAM. Une franchise de 90 jours coûte moins cher et cible uniquement le relais CARPIMKO, si vous avez une épargne de précaution.
Le montant des indemnités
Calculez-le à partir de votre revenu net et de vos charges, en tenant compte de ce que versent déjà les régimes obligatoires. Sur-assurer ne sert à rien en contrat indemnitaire.
La définition de l'invalidité
Exigez une invalidité appréciée selon votre profession de pédicure-podologue, et pas seulement selon un barème fonctionnel général : une main abîmée peut empêcher d'exercer tout en donnant un faible taux fonctionnel.
Les exclusions dos et psychiques
Les affections du dos et les troubles psychiques sont souvent limités aux cas avec hospitalisation. Demandez le rachat de ces exclusions : pour un métier penché, c'est la garantie la plus utile.
La déductibilité Madelin
Un contrat éligible permet de déduire les cotisations du bénéfice imposable, dans les limites de l'article 154 bis du CGI. Voir notre guide loi Madelin et prévoyance.
Les erreurs fréquentes
- Croire que la CPAM indemnise comme un salarié : l'indemnisation s'arrête au 90ᵉ jour et vise la moitié du revenu.
- Oublier de déclarer l'arrêt à la CARPIMKO au-delà de 90 jours : le délai de 6 mois court depuis le premier jour.
- Laisser traîner un retard de cotisations : il suspend les allocations de la CARPIMKO.
- Choisir sur le prix seul, sans lire les exclusions dos et la définition de l'invalidité.
- Oublier les charges du cabinet : les indemnités journalières servent à vivre, la garantie frais professionnels sert à garder le cabinet. Le local et le matériel eux-mêmes relèvent de la multirisque cabinet.
Commencez par chiffrer votre trou réel : revenu net mensuel + charges fixes, moins ce que versent la CPAM puis la CARPIMKO. Ce chiffre donne le montant d'indemnités à assurer. Pour le reste de votre couverture, voir notre fiche assurance pédicure-podologue.
Questions fréquentes
Un pédicure-podologue libéral a-t-il droit aux indemnités journalières de la CPAM ?
Oui, depuis le 1er juillet 2021. Les professionnels libéraux affiliés à la CNAVPL, dont les pédicures-podologues via la CARPIMKO, perçoivent des indemnités journalières maladie de l'Assurance maladie du 4e au 90e jour d'arrêt, calculées sur le revenu moyen des trois dernières années et plafonnées.
Combien verse la CARPIMKO après 90 jours d'arrêt ?
À partir du 91e jour, la CARPIMKO verse une allocation journalière forfaitaire de 55,44 € (montant 2026), majorée de 8,06 € par jour et par enfant à charge. Elle est servie au plus tard jusqu'à la fin de la 3e année d'incapacité, à condition d'être à jour de ses cotisations et d'avoir déclaré l'arrêt à la caisse dans les 6 mois.
La CPAM transmet-elle mon arrêt à la CARPIMKO ?
Non. La CARPIMKO précise que l'arrêt n'est pas transmis automatiquement : c'est à vous de le déclarer, au plus tard 6 mois après le premier jour de l'arrêt initial. Un oubli peut faire perdre des mois d'indemnités.
Suis-je couvert en cas d'accident du travail ?
Pas automatiquement. Le libéral ne relève pas de l'assurance accidents du travail des salariés. Il peut souscrire une assurance volontaire individuelle auprès de sa CPAM, qui prend en charge les soins et ouvre droit à une rente en cas d'incapacité permanente, mais pas aux indemnités journalières. Le maintien du revenu reste l'affaire de la prévoyance.
Les maux de dos sont-ils couverts par une prévoyance ?
Pas toujours. Beaucoup de contrats limitent les affections du dos (hernie discale, lombalgie, sciatique) aux cas avec hospitalisation ou intervention chirurgicale. Certains assureurs proposent un rachat de cette exclusion : pour un métier qui travaille penché, c'est un point à négocier avant la signature.
Les cotisations de prévoyance sont-elles déductibles ?
Oui pour un contrat éligible au dispositif Madelin (art. 154 bis du Code général des impôts), si vous êtes imposé au régime de la déclaration contrôlée (BNC au réel), dans la limite d'un plafond annuel. Les indemnités versées sont alors imposables.